R.M.N de Cristian Mungiu
Le Pacte

Jamais reparti bredouille lors de ses trois participations à la compétition, le lauréat de la Palme d'Or 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours réussira t'il la passe de quatre ?

De Cannes, Cristian Mungiu n’est jamais reparti bredouille. Palme d’Or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours, prix du scénario pour Au- delà des collines en 2012 et prix de la mise en scène pour Baccalauréat en 2017. Jamais trois sans quatre ? Impossible évidemment de délivrer un pronostic certain à ce stade de la compétition. Mais RMN a, à l’évidence, tout pour y parvenir avec ce tour de force d’encapsuler à peine peu plus de deux heures toutes les problématiques communes à nos sociétés occidentales (chômage, précarité grandissantes, défaillance ou plutôt dévoiement du modèle européen et de son système d’aides conduisant à des aberrations, peur et par ricochet haine de l’étranger…) qui en rendent le quotidien de plus irrespirable. Le tout dans un geste de cinéma d’une limpidité jamais prise en défaut où naturalisme et onirisme dialoguent à merveille.

Son récit se déploie dans un village multiethnique de Transylvanie où l’embauche dans une usine de fabrication industrielle de pain de travailleurs venus du Sri Lanka va mettre le feu aux poudres et faire exploser les frustrations, les haines de classe, de religion et de race enfouies depuis des années. Avec une scène aussi symbolique qu’impressionnante : 17 minutes de plan séquence au cœur d’une réunion municipale visant à décider si oui non les Sri- Lankais doivent être chassés du village (où un Français, venu sur place payé par la Commission Européenne pour compter les ours remis en liberté en prend tout particulièrement pour son grade !). Sachant que les locaux ont décliné la proposition d’occuper eux- même ces postes, préférant aller mieux gagner leurs vies hors de leurs frontières. Dans des pays où ils deviennent donc eux- mêmes des étrangers – haïs et craints – aux yeux des autres !

Mungiu explore l’absurdité tragique de cette situation en construisant son récit comme un puzzle, prenant savamment le temps pour en délivrer toutes les pièces et nous faire peu à comprendre leurs liens et leurs interactions tout en décryptant les à peu près, les rumeurs et les angoisses infondées à la base de cette haine de l’étranger. Et ce pendant qu’autour de ce village dont l’ultra- majorité des habitants laisse libre cours à son instinct le plus bassement animal, traînent des ours à qui le cinéaste laisse le dernier mot lors d’un plan final aussi majestueux que propice à toutes les interprétations. Une fin ouverte pour une œuvre impressionnante.