Affiches Films à l'affiche mercredi 5 juillet 2023
Jour2Fête, StudioCanal, SND

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
LES FILLES D’OLFA ★★★★☆

De Kaouther Ben Hania

L’essentiel

Kaouther Ben Hania raconte la disparition - ses causes et ses conséquences - des deux filles aînées d’une mère tunisienne dans un film brisant les frontières entre documentaire et fiction. Le grand oublié du palmarès cannois.

C’est notre Palme à nous, le plus grand oubli du palmarès concocté par le jury de Cannes 2023. Kaouther Ben Hania y raconte la disparition - ses causes et ses conséquences - des deux filles aînées d’une mère tunisienne célibataire dans un film hybride, brisant les frontières entre documentaire et fiction. Une oeuvre nourrie par les confidences d’Olfa et de ses deux filles les plus jeunes mais à l’intérieur de laquelle deux comédiennes incarnent les sœurs disparues et une troisième, Hend Sabri interprète Olfa lors de certaines reconstitutions trop lourdes émotionnellement à (re) vivre pour elle. Un projet aussi éminemment casse-gueule que sacrément ambitieux, dont les coulisses du tournage, les fameuses behind the scenes en disent tout autant que les mots et les regards face caméra. Kaouther Ben Hania embrasse à travers l’histoire de cette famille celle d’un pays tout entier, la Tunisie, de la dictature de Ben Ali au Printemps Arabe en passant par la montée en puissance de Daech. Le Jury de L’Oeil d’Or célébrant le meilleur documentaire de Cannes, toutes sections confondues, a, lui, vu juste en le récompensant.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

WELFARE ★★★★☆

De Frederick Wiseman

En 1973, six ans après son tout premier long métrage documentaire (Titicut follies sur un hôpital pour aliénés criminels), Frederick Wiseman posait sa caméra dans un bureau d’aide social new- yorkais et proposait avec ce huis- clos et les échanges entre les personnes dans le besoin et les employés de cette institution publique un instantané de la société américaine de l’époque. Resté inédit en France, sa sortie cet été dans une copie magnifiquement restaurée frappe tout à la fois par la beauté puissante d’une réalisation toujours à bonne distance et jamais voyeuriste, sa capacité à recueillir ces tranches de vie (où il est tout à la fois question de pauvreté, de racisme, d’addictions…), son génie à les faire dialoguer par un travail de montage d’une limpidité inouïe. Mais aussi par le fait que ces échanges d’hier résonnent fort avec aujourd’hui, comme si au fond rien ou presque n’avait changé. Un film essentiel.

Thierry Cheze

 

PREMIÈRE A AIME

UNE NUIT ★★★☆☆

De Alex Lutz

Un métro bondé. Une bousculade. Le ton qui monte entre un homme et une femme avant que ce ping- pong verbal sous tension bascule en une irrésistible montée de désir et que ce quadra et cette quinqua passent des noms d’oiseaux à une étreinte passionnée dans la cabine d’un photomaton. Ainsi débute le nouveau long métrage d’Alex Lutz co- écrit avec sa co- interprète Karin Viard et qui raconte donc une nuit comme échappée aux petits tracas du quotidien. Une nuit pour refaire le monde, confesser ses histoires passées, vivre intensément le présent sans forcément se projeter dans le futur. C’est drôle, vif, émouvant tout en dressant, sans jamais pontifier, un état des lieux des relations hommes- femmes d’aujourd’hui. Mais son double twist final (que nous ne dévoilerons évidemment pas) aurait du coup gagné à être zappé tant il remet cette parenthèse enchantée dans une logique trop terre- à- terre.

Thierry Cheze

CLEO, MELVIL ET MOI ★★★☆☆

De Arnaud Viard

Après sa transparente adaptation du Je voudrais qu’on m’attende quelque part d’Anna Gavalda, Arnaud Viard revient à la veine autobiographique de son Arnaud fait son 2ème film. Et son aisance à entremêler réalité et fiction donne naissance à une des rares réussites de film de confinement. L’histoire d’un père de deux enfants, séparé qui trouve l’amour – avec une pharmacienne de son quartier de Saint- Germain - pile au moment où le COVID les assigne à résidence. Un journal intime en noir et blanc dont la mélancolie poétique et ludique ressemble à une chanson de Vincent Delerm qui a d’ailleurs composé pour l’occasion Je n’avais pas vu les choses comme ça, donnant naissance à un moment de comédie musicale, écho à son premier long Clara et moi. Une malle aux souvenirs aussi où Christophe et Yves Simon côtoient les footeux Robert Herbin et Serge Chiesa, dans laquelle on prend plaisir à s’abandonner.

Thierry Cheze

MASTER GARDENER ★★★☆☆

De Paul Schrader

Un homme tourmenté par sa propre morale. Une morale sans cesse fragilisée, donc prête à vaciller. Avant-hier un aumônier (Les Chemins de la rédemption), hier un joueur de poker (The Card Counter) aujourd’hui un herboriste, l’auteur de Taxi Driver transpose son schéma narratif de film en film, tel un peintre répétant inlassablement son motif pour le transfigurer. Schrader croit en l’humain, à sa beauté diabolique. L’idée est d’en éprouver les contours à l’aide d’une mise en scène de plus en plus épurée et stricte – sous haute influence bressonienne – qu’il contrebalance par la chaleur des sentiments. Ce Master Gardener, faussement programmatique, émeut surtout par son incarnation. L’australien Joel Edgerton, tout en fébrilité nerveuse, avance dans ce drame à la lueur d’une culpabilité sous-terraine. Fort.

Thomas Baurez

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AU CIMETIERE DE LA PELLICULE ★★★☆☆

De Thierno Souleymane Diallo

Dans une Guinée où les bobines deviennent poussière et où les caméras sont recyclées en marmites, les films sont destinés à mourir. Alors comment retrouver un court-métrage vieux de 70 ans, en n’ayant de lui que le titre et les souvenirs ? Thierno Souleymane Diallo se lance dans la quête passionnée – et passionnante - de ce film fantôme et redonne vie aux racines du cinéma d’Afrique noire et à l’expérience collective de l’image. 

Lou Hupel

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

MIRACULOUS- LE FILM ★★☆☆☆

De Jérémy Zag

Une success- story made in France ! Une série créée en 2015 et qui a depuis fait le tour du monde avant de connaître donc sa première adaptation sur grand écran avec aux commandes un de ses co- créateurs qui n’a jamais perdu le lead (Jérémy Zag) et comme héros deux ados parisiens, Marinette et Adrien – fille et fils respectif de boulangers et d’un créateur de mode désormais veuf - qui se transforment en super-héros, Ladybug et Chat Noir, pour protéger la capitale. Avec son cocktail d’action et de bluette amoureuse, peuplé de chansons pop à la Disney, le film suit les traces de la série en ciblant le public enfantin le plus large, garçons et filles réunis. Et son efficacité indéniable constitue aussi sa limite, puisque tuant dans l’œuf toute aspérité, toute sortie de route qui le rendrait attachant ou permettrait aux plus de 10 ans d’y trouver aussi leur compte.

Thierry Cheze

A CONTRETEMPS ★★☆☆☆

De Juan Diego Botto

Les (bonnes) intentions sont tellement claires qu’on se demande ce que le titre français de film veut bien nous signifier. Le temps ne saurait être la grande affaire de ce drame social qui voit pourtant plusieurs personnages se débattre dans les méandres d’un quotidien les obligeant à courir non-stop pour ne pas sombrer. La structure volontairement énergique du récit semble toutefois indiquer que tout ce petit monde arrivera bien à l’heure voulue par le cinéaste. Et l’ensemble de converger irrémédiablement vers le visage de sa star - Penelope Cruz, également productrice - qui dans un ralenti opportun phagocyte le cadre de sa rage étudiée. Comme chez Loach, on croit ici aux vertus de la solidarité, au point de le marteler allégrement. Pourtant, la seule performance viscérale de Luis Tosar, véritable héros de ce film faussement choral, suffit à tout embraser.

Thomas Baurez

PROMENADE A CRACOVIE ★★☆☆☆

De Mateusz Kudla et Anna Kokoszka- Romer

Roman Polanski et le photographe Ryszard  Horowitz sont amis depuis leur enfance passée au cœur du ghetto juif de Varsovie. L’un et l’autre ont donc réussi à survivre à l’Holocauste, le premier grâce à un couple de paysans polonais, le second grâce à Oskar Schindler. Avec ce documentaire, Mateusz Kudla et Anna Kokoszka- Romer leur ont proposé de revenir dans cette ville qui les a forgés et de l’arpenter ensemble pour la première fois depuis la fin de la guerre. Leurs échanges passionnants, emprunts d’une grande émotion et non dénués d’humour témoignent de leur incroyable résilience. Les rencontres qu’ils y font sont dénuées de toute facilité lacrymale. Mais si leur caméra reste toujours en bonne distance, on peine à lire le geste cinématographique des deux réalisateurs qui ne parviennent jamais à trouver leur place dans ce dispositif. Et cette dimension manque quelque peu.

Thierry Cheze

LUISE ★★☆☆☆

De Matthias Luthardt

D’abord un grand bonheur : retrouver enfin sur grand écran la trop rare Christa Theret, dont la dernière apparition remontait au Doubles vies d’Olivier Assayas voilà déjà 4 ans (et qu’on retrouvera le 8 novembre dans Connan de Bertrand Mandico). Mais très vite aussi la certitude que ce retour passera hélas inaperçu, faute d’un film à la hauteur. Dans un scénario inspiré par The Fox, le court roman de D.H. Lawrence (L’Amant de Lady Chatterley), elle incarne une Française en fuite vers les Pays- Bas en octobre 1918, alors que la première guerre mondiale vit ses ultimes soubresauts. Une jeune femme poursuivie par un soldat allemand – qu’elle semble avoir blessé pour une raison mystérieuse – qui la retrouve et s’installe dans la ferme isolée d’une jeune Alsacienne où elle s’est réfugiée.  Une fois ces bases posées, on voit le climat de tension que Matthias Luthardt (Pingpong) souhaite imposer et creuser, nourrie des secrets enfouis de ses personnages et de leur inéluctable révélation. Mais l’intrigue se révèle trop mince pour tenir ainsi 100 minutes malgré la qualité de la réalisation tout en sobriété de ce quasi huis clos, créant sur la longueur une certaine artificialité et par ricochet une distance avec ce qui se déroule à l’écran.

Thierry Cheze

TOUT LE MONDE M’APPELLE MIKE ★★☆☆☆

De Guillaume Bonnier

Ce premier long met en scène un couple de Français (Pierre Lottin et Daphné Patakia) qui a décidé de larguer les amarres en partant pour un tour du monde en bateau, dans lequel ils accueillent lors d’une escale à Djibouti, un chauffeur de taxi local pour affronter le golfe d’Aden peuplé de pirates somaliens. Leur bateau attaqué, le film devient alors un huis clos en pleine mer au suspense tenu et à l’issue incertaine, mais sans pour autant jamais éloigner l’impression de déjà (beaucoup) vu domine ici en permanence.

Thierry Cheze

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

INSIDIOUS : THE RED DOOR ★☆☆☆☆

De Patrick Wilson

Neuf ans après un second volet en guise de grand final, auquel ont finalement succédé deux prequels, la saga d’horreur Insidious signe son grand retour avec The Red Door, une nouvelle suite qui choisit d’ignorer les deux derniers films en date. On retrouve donc les Lambert, cette famille américaine innocente, martyrisée sans aucune raison par des démons venus d’un enfer indéchiffrable et dont on découvre ici qu’elle a implosé : chacun des deux parents vit désormais de son côté, tout comme les deux fils Foster et Dalton, le chouchou incontesté des démons, qui rentre à l’université où une nouvelle série de monstres tous plus terrifiants que les autres vont ressurgir. Pour son premier passage devant et derrière la caméra, Patrick Wilson signe hélas ici le volet le plus navrant de la saga, se complaisant dans un travail faiblard sur la mise en scène, qui parie sur les jumpscares à foison pour masquer son manque d’ambition. Bien loin des effets terrifiants crées par la caméra épaule de James Wan et son utilisation ingénieuse de la profondeur de champ, qui plaçait chaque spectateur sur le qui-vive dans le premier film.

Yohan Haddad

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TINNITUS ★☆☆☆☆

De Gregorio Graziosi et Elizabeth Avellan

Est-on puissant parce qu’on est résilient ? C’est en substance ce qu’interroge Tinnitus, long-métrage brésilien, plutôt linéaire, qui finit par tourner en rond. Marina, trente balais, est une ex-grande plongeuse, embêtée (empêchée) par d’incessants bourdonnements dans les oreilles. Mais la brune rêve de glaner l’or olympique. Le film ne s’épargne pas les bons sentiments ni les clichés misogynes sur la rivalité féminine ou sur les amourettes toxiques. Sans surprise ni grande saveur.

Estelle Aubin

 

Et aussi

Joy Ride, de Adele Lim

Marinaleda, de Louis Séguin

Yo Mama, de Leila Sy et Amadou Mariko

Les reprises

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, de Alain Chabat

Thelma & Louise, de Ridley Scott

Trous de mémoire, de Paul Vecchiali

Vie privée, de Louis Malle

 

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