Festival de Cabourg 2025- Jour 1
Pyramide/ Zinc Films/ Condor

Chaque jour, retour sur les temps forts de la 49ème édition du festival du film romantique.

Le film du jour: La Trilogie d’Oslo : Rêves de Dag Johan Haugerud

Rêves constitue le premier chapitre de La Trilogie d’Oslo pensée comme une variation autour du sentiment amoureux, qu’on pourra découvrir en salles tout au long du mois de juillet. Et de ces trois films qui peuvent se regarder indépendamment et dans n’importe quel ordre, celui qui a été récompensé par l'Ours d’Or 2025 se révèle indéniablement le meilleur. On y suit le premier coup de foudre de la vie d’une ado de 16 ans, Johanne, pour une de ses professeurs. Un amour interdit raconté à travers plusieurs prismes, différents et complémentaires car faisant dialoguer le ressenti, les fantasmes et la réalité. Celui du carnet intime de Johanne qui va devenir un objet littéraire, sa voix off qui commente ce qu’on voit à l’écran, les réactions de sa grand-mère et de sa mère à la découverte de ce qu’elle a couché sur le papier et celui de l’enseignante que vient confronter la mère de l’ado. D’une fluidité impressionnante, ce récit explore brillamment les mille et une ramifications qui font une histoire d’amour à travers des personnages féminins passionnants de complexité et de paradoxes.

Sortie le 2 juillet


 

Le scénario du jour : Sorda de Eva Libertad Garcia

Angela et Hector s’aiment d’un amour sans nuage depuis près de 3 ans et s’apprêtent à avoir leur premier enfant... sans se douter que ce bonheur va révéler des failles jusque là invisibles dans leur relation. Car Angela est sourde et Hector entendant. Et l’arrivée de ce bébé et son éducation vont jour après jour faire naître des doutes chez elle. D’abord sur sa capacité à établir un lien avec sa fille qu’un examen révèle entendante puis par ricochet sur l’équilibre de son couple, Hector passant spontanément plus de temps avec leur enfant avec qui il communique plus facilement qu’elle. Sorda raconte avec une grande finesse cette bascule façon supplice chinois. Où l’accumulation de petites blessures ressenties par Angela se sentant renvoyée à sa condition (le soulagement d’Hector quand il apprend que sa fille n’est pas sourde...), d’abord tues, va finir par exploser.

La réalisatrice Eva Libertad Garcia, inspirée par l’histoire de sa soeur elle aussi malentendante, saisit par sa capacité à aller à rebours de l’idée d’une maternité qui serait forcément heureuse et épanouissante. Grâce à une écriture de personnages qui n’arrondit jamais les angles et sa capacité à nous plonger petit à petit dans la tête d’Angela. Et ce notamment grâce à un épatant travail sur le son qui va nous faire peu à peu entendre le monde comme Angela l’entend. On ressent physiquement sa solitude et le sentiment d’injustice face à un Hector pourtant aimant mais que le passage d’une vie à 2 à une vie à 3 a lui aussi forcément impacté. Récompensé du Prix du public à la section Panorama du festival de Berlin et porté par l’interprétation remarquable de Miriam Garlo, Sorda touche au coeur.

En salles en avril 2026


 

Le casting du jour : Les Filles désir de Princia Car

En 2018, Princia Car a fondé à Marseille une école alternative de cinéma avec l’ambition d’intégrer cet art dans le quotidien de jeunes gens souvent tenus à l’écart de la culture en raison de difficultés économiques ou éducatives. Et l’aventure est d’ores et déjà allée au-delà de ses rêves. Avec ses élèves, elle a fondé sa propre troupe où tout le monde joue et participe à l’écriture des différents projets. Et après un premier court, Barcelona, sélectionné à Clermont-Ferrand en 2019, ils passent au format long avec ces Filles Désir. Et dont Prïncia Car a écrit la structure avec la scénariste Léna Mardi avant d’improviser chaque scène avec ses comédiens, rejoints par une nouvelle venue, l’irrésistible Lou Anna Hamon.

On y suit le retour dans la cité phocéenne de Carmen, l’amie d’enfance d’Omar, un moniteur de centre aéré, respecté par tous. Une ex-prostituée qui va faire voler en éclats la petite bande (à 99% masculine) qui l’entoure et tout particulièrement leur rapport jusque là assez primaire au sexe et l’amour. Dopé par l’énergie et l’authenticité de ses interprètes, le film épate par sa manière de déjouer absolument tous les clichés sur les rapports hommes- femmes chez les jeunes de ces quartiers populaires. Ou plus précisément d’en réinventer les codes à travers notamment une sororité inattendue qui se développe entre la petite amie d’Omar et Carmen avec qui ce dernier l’a pourtant trompée, en lieu et place du crêpage de chignons habituel. Des nouvelles voix qui font un bien fou.

En salles le 16 juillet

Les Filles désir de Princia Car
Zinc