Bong Joon-ho

Stevens Tomas/ABACA

Le cinéaste coréen était en visite à Paris ce dimanche pour une rencontre exceptionnelle durant laquelle il est revenu longuement sur sa carrière.

Dimanche 26 février. 15h. Les spectateurs du Grand Rex applaudissent l’arrivée du maître Bong Joon-ho, en visite à Paris à l’occasion de la ressortie en salles -le 8 mars prochain- de son film de monstre The Host. Les applaudissements se font pourtant en vain, le réalisateur tardant à monter sur la scène. Après plusieurs minutes de battements, la grande salle rugit et la foule se lève pour accueillir le cinéaste coréen. Vêtu d’un long manteau brun, dans une simplicité qui lui est propre, il est accueilli comme une rock-star par le public du Grand Rex.

Après une présentation de The Host, sorti dans les salles françaises en 2006, il regagne la scène pour une masterclass exceptionnelle durant laquelle il évoque sa longue carrière, débutée en 2000 avec la comédie Barking Dogs Never Bite, avant les succès de Memories of Murder, The Host, Mother, Snowpiercer, Okja… et Parasite, forcément, son plus gros triomphe dans les salles françaises avec 1 914 377 spectateurs, auréolé d’une Palme d’Or à Cannes et de 4 Oscars. Durant près d’une heure et demie, Bong Joon-ho est revenu avec le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux sur les secrets de fabrication de son œuvre, accompagné d’un retour sur sa vie, avec la découverte de sa cinéphilie, sa Palme d’Or, ses futurs projets…

Voici 5 choses à retenir de la masterclass de Bong Joon-ho au Grand Rex.

The Host : le film de monstre de Bong Joon-ho revient au cinéma en 4K [bande-annonce]

Il a découvert le cinéma à la télévision…

Contrairement à d’autres cinéastes, à l’image de ses homologues américains Quentin Tarantino et Martin Scorsese, Bong Joon-ho n’a pas découvert le cinéma dans les salles durant sa tendre enfance. Dans les années 1960 et 1970, la censure fait rage en Corée du Sud, orchestrée par le dirigeant autoritaire Park Chung-hee. 

La télé a été ma première cinémathèque. C’est là que je voyais tous les films. Je me rappelle que j’étais extrêmement concentré sur ce que je regardais car quand bien même j’étais un enfant, je voyais bien que des scènes très violentes étaient coupées. Je m’attendais à voir du sang gicler et tout à coup on passait à un autre plan. Même dans mon enfance, je voyais que quelque chose clochait dans le montage. Cela a permis de développer mon imaginaire, je me demandais toujours quel plan manquait.

Bong Joon-ho découvre le cinéma à la télévision, à travers des films de Jean-Pierre Melville et d’Alfred Hitchcock vus dans des versions censurées. Le maître coréen exprime par ailleurs sa passion pour le cinéma français au cours de cette masterclass, insistant sur son influence considérable.

… mais engage les spectateurs à privilégier le grand-écran 

Lors de la présentation de son film Okja en 2017 au Festival de Cannes, la projection dans la salle du Grand Théâtre Lumière provoque des sifflements de la part du public à l’apparition du logo Netflix. À l’exception de cette sélection, le film est sorti directement sur la plateforme en juin 2017. Au cours de la masterclass, Bong Joon-ho a insisté sur l’importance de la salle, “qu’il faut voir le film sur grand écran”, tout en soulignant que “Netflix a fait preuve de souplesse après Okja comme avec Roma ou The Irishman, qui sont sortis au cinéma avant d’atterrir sur la plateforme.” Cette affirmation concerne en réalité certains pays seulement, la France étant exemptée des projections en salle de Netflix.

"Quand j'ai écris le scénario de Okja, j'ai essayé de réduire au maximum les plans avec cette créature, poursuit-il. Mais on avait en tout 350 plans avec ce super-cochon et ça demandait un budget tellement énorme que le cinéma coréen ne pouvait pas se le permettre (...) Finalement, Netflix a été la seule compagnie qui a accepté de produire le film." Si l’expérience du grand écran est importante pour Bong Joon-ho, il a tenu toutefois à “remercier” la plateforme pour le support qu’ils apportent aux cinéastes.

Bong Joon-ho : "Je voulais qu’Okja soit un film criard, presque assourdissant"

Le monstre dans The Host n’apparaît que dans… 115 plans

Il y avait 115 plans avec le monstre. Comme ils coûtaient très cher, il a fallu faire appel à notre créativité pour les limiter au maximum”, indique le cinéaste sur le coût de The Host et sur le design de ce monstre désincarné détruisant tout sur son passage. Le budget du film était de 12 215 500 000 ₩ (qui équivaut environ à 923 241 dollar américain aujourd’hui), chiffre important pour l’industrie du cinéma coréenne en 2005-2006 mais relativement moindre pour le reste du monde. Les apparitions terrifiantes de la créature relèvent donc du génie de la mise en scène, avec 115 plans qui réussissent à créer une tension de tous les instants.

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The Jokers Films

Le monstre de The Host s’inspire de… Steve Buscemi

Le monstre de The Host ne semble répondre à aucun design précis, symbole de l’hybridité provoquée par les mutations génétiques dont il est directement victime. Bong Joon-ho a pourtant révélé que pour la conception de la créature, il s’est directement inspiré de l’acteur Steve Buscemi. Les spectateurs partageant leur surprise, le cinéaste précise : il s’inspire d’une scène de Fargo, le thriller des frères Coen de 1996, dans laquelle le personnage de Buscemi, tueur à gages relativement peu doué, se retrouve blessé au visage… "À un moment, il reçoit une balle dans la joue et il souffre énormément. Ça l'énerve, il est sur les nerfs, et je voulais ça pour la créature. Je souhaitais qu'elle ait ce genre de caractère". Il évoque aussi un personnage supposément “méchant” pour qui on finit par avoir de la compassion, à l’image du monstre de The Host, devenu tueur malgré lui à cause de la pollution créée par les humains.



Son prochain film est prêt et sortira en 2024

Après le succès de Parasite en 2019, Bong Joon-ho est en phase de montage de son nouveau film Mickey 17, tourné aux côtés d’acteurs anglophones avec Robert Pattinson en tête d’affiche. Le projet de science-fiction avait été annoncé en mai 2022, pour une sortie prévue pour le 29 mars 2024. Un premier teaser de quelques secondes a déjà été dévoilé.

Mon prochain film est adapté du roman Mickey7 de Edward Ashton (...) J’ai tourné ce film l’an dernier avec des acteurs anglophones. Le tournage s’est très bien passé. Je suis en plein montage, je ne sais pas encore si le film me plaît (...) Je crois que c’est Kubrick qui disait que le montage était l’authentique forme de l’art cinématographique, alors qu’un plateau de tournage, c’est comme si on lisait du Tolstoï dans des auto-tamponneuses.” rigole Bong Joon-ho à l’évocation du film. Mickey 17 marque le troisième long-métrage du cinéaste tourné en anglais après Okja en 2017 et Snowpiercer en 2013. Il est pour l’occasion revenu sur sa collaboration avec le directeur de la photographie français Darius Khondji, avec qui il a notamment travaillé sur Okja pour Netflix, et qui était présent dans le public :  “Darius Khondji est très mignon, c’est un être humain remarquable. Je l’appelle d'ailleurs grand frère Dary. C’est quelqu’un qui est très proche de moi, que j’aime beaucoup.



The Host ressortira dans les salles de cinéma françaises le 8 mars prochain dans une version restaurée 4K. Voici sa bande-annonce :