Sirât
Pyramide Distribution

L’espagnol embarque Sergi Lopez dans une folle et mystique épopée dans le désert marocain. Free party, carnage et fin du monde. En compétition officielle.

La fin du monde selon Oliver Laxe aurait un peu l’allure d’une pièce de Samuel Beckett, quelque-chose de solitaire et d’absurde qui entrainerait ses ouailles vers un ailleurs où l’humanité réduite à presque rien, devrait se démerder toute seule. Le vaste désert marocain étend son immensité flippante. Une poignée d’hommes et de femmes aura d’abord posé des murs d’enceintes au pied des falaises pour envoyer du gros son et bouger par saccade au rythme syncopé d’une musique transe.  Au milieu de la free party, un homme (Sergi Lopez) est à la recherche de sa fille disparue. Accompagné de son jeune fils et d’un petit chien, il distribue des avis de recherche, s’adresse à qui veut/peut l’entendre. Puis l’armée viendra disperser cette foule déchainée. Cet hédonisme sauvage s’arrête brutalement. Le monde, on le comprend à travers des flashs infos, est bord du chaos sans que l’on sache s’il s’agit de notre présent ou d’une vision post-apocalyptique à la Mad Max (et de fait dans ce vaste nulle-part la recherche d’essence sera vite un sujet)

Sirat
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Ceci posé le film trace sa route avec une poignée de desperados ayant choisi de se frotter à l’inconnu. Road-movie déglingué et d’emblée condamné à ne mener nulle-part. La mort frappe, brutalement. Le récit s’étiole au fur et à mesure pour ne garder qu’une ligne claire tout juste suffisante pour nous tenir en équilibre et en haleine. Sirāt renvoie au cinéma désenchanté de la fin des sixties -début des seventies (Easy Riders, Macadam à deux voies, The Shooting...) censé traduire la fin d’à peu près tout : rêves, espoirs, récits... Mais Laxe n’est pas dans la béatitude pop, son trip à lui, sans concession ne cherche pas à séduire par fétichisation (cf. Daft Punk's Electroma). Et si deux enceintes posées sur le sable en plein cagnard évoque les monolithes kubrickiens, le mystère que les images et les sons produisent ne convoquent pas vraiment la même métaphysique. Pour autant, à l’instar de 2001, la musique quand elle se fait entendre remplit tout l’espace? fait vibrer l’image donc le récit. Tous nos sens en ébullition. Nos héros, punks à chien égarés, sont sidérés par la violence du réel. Ils tiennent debout, avancent de plus en plus doucement, presque à tâtons pour ne pas réveiller un sol devenu destructeur.

Viendra le feu, un film espagnol incandescent [critique]

Oliver Laxe, cinéaste-baroudeur de 43 ans présentait ainsi ses origines lors d’un entretien pour le CNC à la sortie de son dernier long-métrage Viendra le feu en 2019 (Prix du Jury Un Certain Regard) : « « Je suis né à Paris. Mes parents se sont rencontrés dans la salle du Bataclan lors d’une fête de migrants galiciens au milieu des années 70. Ils étaient gardiens d’immeuble au cœur de la capitale. Chaque été nous passions nos vacances chez mes grands-parents en Galice. Pour arriver jusqu’à leur ferme, il fallait stopper la voiture, déposer nos valises sur le dos d’une mule et continuer à pied. » De lui on avait déjà vu son vrai-faux docu Vous êtes tous des capitaines (2010) sur des gamins des rues de Tanger et surtout Mimosas, la voie de l’Atlas (2016), film-trip qui renvoie directement à ce Sirāt. L’espagnol trace sa route emprunte de mysticisme et de poésie. Cinéaste authentique et discret.

Espagnol. D’Oliver Laxe. Avec : Sergi Lopez, Bruno Nunez, Stefania Gadda... Dist. Pyramide.  Durée : 2h.