Une chronique intime et mélancolique où la mémoire devient lumière fragile, tissant des ponts entre Nagasaki meurtri et un présent endeuillé en Angleterre.
Etsuko vit en Angleterre avec sa fille. Mais ses souvenirs la ramènent au Japon des années 50, quand, jeune femme, elle observait la survie fragile d’une amie dans un Nagasaki ravagé par la guerre. C’est dans cette oscillation entre présent et passé que Kei Ishikawa installe son adaptation du premier roman de Kazuo Ishiguro (Les Vestiges du jour) et navigue entre Jane Austen et Kafka, les souvenirs élégiaques et les traumas existentiels des conflits.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la beauté visuelle; la photo de Piotr Niemyjski capte les cicatrices d’une ville encore meurtrie, baignée d’une lumière laiteuse qui donne au récit la texture du rêve. Dans ces décors à demi effacés, les visages comptent plus que les dialogues. Les comédiens, au diapason, s’avancent tous comme des spectres : Suzu Hirose incarne une Etsuko retenue, dont chaque geste semble lesté de regrets, tandis que Fumi Nikaidō, vibrante, prête à Sachiko une énergie inquiète, diaphane. Ensemble, elles dessinent une relation d’amitié et de survie, miroir inversé de celle qui, en Angleterre, unit Etsuko à sa fille…
A Cannes, certains reprochaient au film de lever trop directement les ambiguïtés du roman, mais c’est paradoxalement sa force : donner corps à ce que la littérature ne fait qu’esquisser. Plutôt qu’un secret, Ishikawa filme une confidence - transmise d’une génération à l’autre, d’un pays à l’autre. L’intime devient universel, et la blessure de la mère résonne comme celle d’un peuple. En choisissant la clarté sans renoncer à la délicatesse, Lumière pâle sur les collines trouve son équilibre : un cinéma pudique, hyper élégant et mélancolique, où la mémoire est une lumière fragile qui éclaire et réchauffe un peu les souffrances.
De Kei Ishikawa. Avec Suzu Hirose, Fumi Nikaidō, Masahiro Higashide... Durée 2h05. Sortie le 15 octobre 2025







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