Le réalisateur du Chant du loup réunit un casting international pour revisiter de Gaulle et l’histoire de la France libre dans un diptyque très ambitieux.
Romain Gary a écrit : « Tous les vrais créateurs et conquérants de l’impossible ont gardé en eux un enfant caché, seul capable de défier le réel ». Je me suis demandé quel genre de personne il fallait être pour refuser de se soumettre en 1940. Pour désobéir à son propre gouvernement tout en dévouant sa vie à la France. Il y en avait peu... Je me suis intéressé à elles et j’ai voulu en faire non pas un film, mais deux.
Ce sont les mots d'Antonin Baudry, cinéaste à qui l'on doit Le Chant du Loup, et qui s'attaque aujourd'hui à la mythique figure de de Gaulle. La Bataille de Gaulle adapté du livre de l'historien Julian Jackson De Gaulle : une certaine idée de la France, sortira en deux parties. L'âge de fer est prévu le 10 juin en salles et J'écris ton nom, le 3 juillet. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un biopic, mais d'un regard concentré sur la période 1940-1945, une immersion dans un moment clé de l’histoire. On y suivra donc le Général, mais aussi quelques figures clés de la Résistance. La première bande-annonce a laissé apparaître quelques unes de ces silhouettes, interprétées par des acteurs impressionnants. Revue des troupes.
Simon Abkarian joue De Gaulle
Le personnage : On connaît tous de Gaulle, mais pas forcément celui-là : l’officier en rupture, l’homme seul qui tente de sauver une idée de la France alors que plus personne n’y croit, le type qui débarque à Londres pour convaincre Churchill qu’il existe encore quelque chose à défendre. Baudry filme le de Gaulle de 1940, tiraillé entre ses convictions, ses doutes, et l’immensité du rôle qu’il est en train de se créer malgré lui.
L'acteur : Simon Abkarian, c’est un visage, un timbre, une intensité qui restent en mémoire. Une référence théâtrale, mais qui s'est imposé au cinéma. On l’a vu en Alex Dimitrios dans Casino Royale, en chef de clan rugueux dans Kaboul Kitchen, ou dans les habits de Missak Manouchian, dans L'Armée du crime (tiens tiens, un résistant, un homme de la Guerre, un type qui a dit non...). À chaque fois : une présence forte, solide, qui ne demande jamais à être soulignée. Abkarian sait jouer la tension, la détermination, la force calme. Une chose est claire : il ne fera pas une imitation...
Simon Russel Beale est Churchill
Le personnage : Impossible de raconter de Gaulle sans Churchill. Le Premier ministre britannique est à la fois son allié le plus précieux, son contradicteur le plus virulent, et le seul chef d’État à le prendre (un peu) au sérieux en 1940. C'est pile le moment où Churchill jongle entre l’effondrement européen, les pressions de Washington, les doutes de son propre cabinet et l’arrivée de ce Français inconnu, déterminé à devenir la voix de la résistance. En 1958, lorsqu'il épingla la croix de la Libération sur la poitrine de Churchill, de Gaulle aurait dit « la France sait ce qu'elle (lui) doit ».
L'acteur : Là encore, Simon Russell Beale est l’un des plus grands acteurs de théâtre de sa génération, en l'occurrence un pilier de la Royal Shakespeare Company. Il est passé maître dans l’art d’incarner des esprits brillants, caustiques ou tourmentés. Bluffant dans La Mort de Staline (où il campait un Lavrenti Beria glaçant et manipulateur), il a montré toute sa précision comique dans la série Penny Dreadful, et porté des personnages complexes sur les scènes anglaises les plus prestigieuses. Sur le papier, c'est un choix idéal pour le Vieux Lion. Pas seulement parce qu'il l'a déjà joué dans La Ruse, mais surtout parce que Beale a l'autorité naturelle du leader anglais, sa capacité à faire passer l'intelligence stratégique et une nuance émotionnelle qui passe par un spectre très large. On peut imaginer qu'il fera de Churchill un homme de chair et de paradoxes et pas une figure statique.
Benoît Magimel est le maréchal Kœnig.
Le personnage : "Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil." Par ces mots, de Gaulle vantait un soldat d'une énergie exceptionnelle, un des rares officiers de carrière l'ayant rejoint très tôt. Le futur “lion de Bir-Hakeim”, héros de la France libre, fut un chef respecté jusque par ses adversaires. C'est l’un des piliers militaires de de Gaulle, celui qui transforme une idée - la résistance extérieure - en réalité de terrain. C’est l’homme des combats impossibles, des positions tenues contre toute logique, de la fidélité absolue à la France libre alors que certains ont basculé. Un personnage solaire, rugueux, héroïque sans jamais être figé.
L'acteur : Depuis quelques années, Benoît Magimel vit un état de grâce. Dans Pacifiction, il a offert une performance magistrale et hypnotique rappelant qu'il était l'un des comédiens les plus impressionnants de sa génération. Massif, granitique, il sait aussi faire preuve d'une vulnérabilité à fleur de peau. C'est un acteur total qui pourrait apporter son panache, mais aussi un mélange de dureté et d’humanité à ce Kœnig. Tout comme son intensité mutique et son charisme brut.
Mathieu Kassovitz est l'Amiral Darlan
Le personnage : François Darlan, c’est la zone grise incarnée. Amiral de la Marine nationale, figure centrale de Vichy, fin stratège politique, puis interlocuteur clé des Américains… Darlan traverse la Seconde Guerre mondiale comme un joueur d’échecs qui avance ses pièces sans jamais dévoiler son plan. Brillant, redouté, parfois déroutant, c'est l'homme toujours imprévisible. Et surtout, le seul à offrir une alternative française aux Alliés.
Sa relation avec De Gaulle oscille entre mépris, rivalité et nécessité : deux visions de la France qui s’opposent frontalement.
L'acteur : Mathieu Kassovitz connaît déjà l’univers de Baudry : il jouait l'ALFOST du Chant du Loup, chef militaire rigide, autoritaire, et constamment sous tension. Kasso maîtrise mieux que personne les personnages intelligents, ambigus, moralement complexes. Dans Un héros très discret, Le Bureau des légendes, ou L’Ordre et la morale, il navigue avec une précision chirurgicale entre calme apparent et danger sous-jacent. Darlan n’est pas un “méchant” simple : c’est un homme de pouvoir, qui pense vite, manœuvre en silence, et ne laisse jamais deviner ses intentions. Et Kassovitz est l’acteur idéal pour jouer ça.
Niels Schneider est Philippe Leclerc de Hautecloque
Le personnage : Leclerc, c'est l'homme du serment de Koufra ("Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg" pris en Libye en 1941). C’est l’icône de la France libre, le chef fougueux, un stratège magnétique. Celui qui traverse le désert pour aller se battre quand tout semble perdu, celui qui rallie les troupes, galvanise les hommes, et inscrit son nom dans l’Histoire en libérant Paris à la tête de la 2e DB. Un personnage de film à lui tout seul.
L'acteur : Niels Schneider, c’est la combinaison rare d’un charisme moderne et d’un romantisme presque classique. Depuis Les Amours imaginaires jusqu’à Sympathie pour le diable, en passant par la série D'argent et de sang il a prouvé qu’il pouvait jouer des personnages passionnés, élégants et toujours intenses. Son regard, sa physicalité oblongue et sa diction lui donnent une prestance qui fonctionne instantanément. Leclerc n’est pas qu’un militaire : c’est un mythe, un chef qui embarque, qui inspire. Et Schneider a sans doute sa présence et son idéalisme.
Félix Kysyl est Jean Moulin
Le personnage : l'autre figure iconique et symbolique du récit national. Préfet révoqué, résistant précoce, envoyé personnel de de Gaulle pour unifier les mouvements de résistance intérieure, Moulin devient la colonne vertébrale clandestine de la France libre. Dans la bande-annonce, on ne voit qu'une scène de tabassage, sans doute le moment où il se fait torturer par Barbie dans la prison de Montluc.
L'acteur : On a découvert Félix Kysyl dans Miséricorde de Guiraudie. Il fait depuis partie de cette génération d’acteurs qui s’imposent par leur présence avant même qu’un mot ne soit prononcé. Avec son charme de gouape à la Terence Stamp, il joue à la fois sur la tension et l'attraction. Jeu moderne, intériorité dissonante, c’est un comédien qui habite ses personnages mystérieux. Ca tombe bien : Moulin est un homme du silence et de la clandestinité.
Campbell Scott est Franklin Roosevelt
Le personnage : FDR, c’est le pivot diplomatique : l’homme dont la position peut faire basculer le destin de la France libre. Président des États-Unis, chef d’une démocratie encore hésitante à s’engager, leader conscient que chaque décision pèse sur plusieurs continents, Roosevelt est aussi le grand arbitre des relations entre Churchill et De Gaulle. Pour le Général, Roosevelt est un partenaire indispensable… et un casse-tête. Pragmatique, froid, méthodique, Roosevelt doute longtemps de de Gaulle.
L'acteur : Campbell Scott apporte souvent ce mélange d’élégance, d’intelligence et de maîtrise qui colle au personnage. Depuis Roger Dodger, La Prisonnière espagnole ou ses apparitions dans The Amazing Spider-Man, Scott s’est bâti une réputation de comédien racé, capable d’incarner des hommes brillants, discrets, parfois mystérieux, toujours d’une grande précision psychologique. Un acteur de nuances. Impeccable pour FDR ?
Le synopsis officiel de La Bataille de Gaulle :
Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté.
Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue.
La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.







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