"Cette idée reçue que le public aurait une capacité d'attention très limitée revient en fait à dire qu’il est stupide. Et ça, je me refuse à le croire."
Depuis les débuts de Pluribus sur Apple TV, deux camps irréconciliables se font face sur les réseaux sociaux et chez les critiques : les laudateurs (on en fait partie) et ceux qui s’ennuient ferme dès l’épisode 2 (et ont fait une sieste d’anthologie devant l’épisode 7, quasi muet). On ne va pas à nouveau tenter de convaincre ces derniers de l’intérêt de la série, cependant remettre un peu de contexte dans l’objectif de Vince Gilligan semble intéressant.
Le showrunner nous accordait une interview il y a quelques semaines - à lire dans le Première de novembre - et la place nous manquait pour aborder tout ce dont nous avions discuté avec lui. Notamment autour de sa gestion du rythme et la capacité d’attention des téléspectateurs. La volonté de Gilligan de faire durer certaines scènes là où la majorité de ses confrères aurait coupé sans vergogne nous intriguait : "Je n’ai pas nécessairement une grande confiance en moi, par contre j’ai confiance dans le public. Je pars toujours du principe que les téléspectateurs sont plus intelligents que moi, ce qui m’a été bénéfique pour Breaking Bad et Better Call Saul ! On dit qu’aujourd’hui, plus personne n'a la capacité de se concentrer. Que tout le monde souffre d'un trouble de l'attention avec hyperactivité à cause des réseaux sociaux, des smartphones et de la rapidité avec laquelle les films et les séries sont montés. C’est sûrement vrai pour certains, mais ceux que je souhaite attirer vers une série comme Pluribus sont des gens très intelligents et patients, à condition qu'ils sachent que l'histoire va quelque part. Si c’est le cas, alors ils iront au bout."
"Donc ma philosophie dans la salle de montage est de ne pas passer d'un plan à l'autre tant que ce n'est pas absolument nécessaire. C’est ainsi que j’aime raconter des histoires, alors que tant d'autres films et séries télévisées sont très ‘’caféinés’’. Je pense que Pluribus peut être un bon antidote à cela."
Aucune volonté de son côté de se mettre à écrire et monter ses séries en dopant la cadence pour maintenir l’attention, comme c’est désormais le cas sur pratiquement toutes les plateformes de streaming : "Dans l’industrie, j’entends constamment ce conseil autour du rythme. Je plains les scénaristes, réalisateurs, showrunners qui doivent se conformer à cela. J’ai la chance de travailler avec des entreprises et des dirigeants très intelligents, qui me donnent leur avis, mais qui ne m'obligent pas à faire les choses d'une certaine manière. Je compatis avec ceux qui se font dicter la manière de raconter leur histoire."
"Cette idée reçue que le public aurait une capacité d'attention très limitée revient en fait à dire qu’il est stupide. Et ça, je me refuse à le croire."
"Si l’intégralité des séries se met à fonctionner avec un montage et une narration artificiellement dopés, alors les personnes qui imposent cela à leurs employés vont finir par se demander pourquoi plus personne ne regarde. Tout le monde en aura marre. Toute forme de narration, quelle qu’elle soit - un roman, une série, un film ou une histoire au coin du feu - doit faire varier son rythme, pratiquer l’alternance. Parfois on doit aller vers la lenteur, mais ça ne peut pas être toujours lent. Comme la rapidité ne peut pas être constante... C’est intenable et pas du tout souhaitable pour le bien de l’histoire. Pensez à un tour de montagnes russes : le meilleur moment, c’est la montée. Clac, clac, clac, clac… Ça avance tout doucement, la tension s’installe graduellement, vous arrivez en haut… et boom ! Vous filez à la vitesse de l’éclair mais vous êtes déjà en train de remonter un autre sommet. »
Pluribus continue sur Apple TV et le dernier épisode sera diffusé le 26 décembre. Revenez nous dire si le tour de montagnes russes vous a plu.







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