Ce fut un grand cru. L’année série qui vient de s’écouler a livré quelques œuvres marquantes qu’il faut absolument avoir vues. Voici la sélection de Première.
20) I Love L.A. - sur HBO Max
Révélée dans Shiva Baby (qu’on vous recommande chaudement) et la comédie Bottoms, Rachel Sennott signe sa première série : une sorte de Girls version 2025 mais bien plus poilante que sa grande soeur, où l’on suit une manageuse de talents (Sennnot) et de son groupe d’amis. I Love L.A. se paye le milieu des influenceurs tout en auscultant les amours et le vide existentiel des trentenaires plus ou moins oisifs de Los Angeles. Son super casting fait le reste.
19) Families like Ours - sur Canal +
La dystopie dramatique vue par Thomas Vinterberg. Le réalisateur de Drunk se penche sur la crise climatique et les migrations qu'elle engendrera inévitablement. Racontée depuis le Danemark, obligé de fermer et d'évacuer alors que la pays va finir sous les eaux, cette terrifiante peinture du monde de demain joue la carte de la chronique humaine, intelligente et sobre, en évitant l'écueil de la démonstration catastrophe.
18) Alien : Earth - sur Disney Plus
Le créateur de Fargo et Legion régénère brillamment la saga en ramenant le Xénomorphe sur Terre. Noah Hawley impose une vision ambitieuse, mêlant terreur old school et réflexion SF sur un futur dominé par les multinationales. Plus qu’un survival, la série explore lutte des classes, déshumanisation et progrès dévoyé, sans trahir l’ADN horrifique de la saga. Une relecture intelligente et passionnante, bien aidé par la performance de la jeune Sydney Chandler.
17) Querer - sur Arte.tv
Attention, mini-série douloureuse. Ce drame espagnol sur le viol conjugal nous plonge au coeur d’une famille bourgeoise, a priori bien sous tous rapports, mais rongée par un mal interne qui éclate au grand jour. Une autopsie du patriarcat et du système judiciaire à la froideur et au réalisme implacables, dont le spectateur ne ressort pas indemne. Le jury du dernier Festival Séries Mania ne s’y est pas trompé en lui remettant son Grand Prix.
16) The Beast in Me - sur Netflix
Idée simple mais prometteuse : une écrivaine en panne sèche découvre que son nouveau voisin est un milliardaire suspecté d’avoir tué sa femme. Elle décide de consacrer son nouveau bouquin à cet homme trouble… Le grand numéro de poker menteur entre Claire Danes - au visage plus élastique que jamais - et Matthew Rhys - exceptionnel en potentiel déséquilibré - nourrit un thriller psychologique ultra efficace sur le plan du suspense. Dommage que la conclusion, qui s’embarrasse de beaucoup d’explications, ne soit pas tout à fait à la hauteur du reste. Mais le voyage vaut diablement le coup.
15) The Chair Company - sur HBO Max
Après sa tordante série à sketches I Think You Should Leave (à voir d’urgence sur Netflix) et le film Friendship, le comédien et scénariste Tim Robinson revient dans un objet aux frontières du réel. Comme son titre le laisse vaguement entendre, The Chair Company raconte la quête obsessionnelle d’homme persuadé d’avoir découvert un complot ourdi par un fabricant de chaises de bureau. Robinson reprend l’atmosphère des thrillers conspirationnistes et du cinéma lynchien pour en faire une comédie délirante. Clairement pas pour tout le monde, mais si vous êtes réceptifs à l’humour absurdo-cringe, vous devriez passer un excellent moment.
14) Monstre : L'histoire d'Ed Gein - sur Netflix
Avec son troisième chapitre, l’anthologie de Ryan Murphy et Ian Brennan plonge dans l’horreur absolue en retraçant le parcours d’Ed Gein, tueur des années 50 devenu mythe du cinéma d’épouvante. Plus radicale que les saisons précédentes, cette nouvelle variation bascule dans un cauchemar fascinant, entre étude psychologique et faits divers insoutenables. La série ausculte la naissance du monstre, porté par la performance dérangeante de Charlie Hunnam, tout en rendant hommage au 7e art que le serial killer a inspiré, de Psychose à Massacre à la tronçonneuse.
13) Ça : Bienvenue à Derry - sur HBO Max
Andy Muschietti prolonge à la télévision l’univers de Stephen King après ses deux films Ça (2017) et Ça : Chapitre 2 (2019). Plus gore et plus radical que le diptyque cinéma, ce préquel assume une violence frontale tout en développant un récit solide sur les origines de Pennywise. Une série horrifique ambitieuse et visuellement impressionnante, qui mêle effroi radical et esprit d’aventure rétro, pour une expérience viscérale et marquante.
12) Paradise - sur Disney +
Peut-être la série la plus amusante de l'année. Un meurtre de Président. Une petite ville étrange. Des secrets à tous les étages. C'est le stupéfiant thriller apocalyptique à tiroirs pensé par le créateur de This is Us. Dan Fogelman a tissé une habile fable SF débordante de twists. Un drama mystère assez improbable, mais particulièrement euphorisant, qui mérite d'être vu sans rien savoir. Alors on ne va rien vous dire de plus.
11) Task - sur HBO Max
Le créateur de Mare of Easttown récidive. Brad Ingelsby a toujours le truc pour raconter des histoires criminelles à fleur de peau. Le genre de polar poisseux dont on n’arrive pas à se défaire. Pas vraiment spectaculaire, un peu lent aux entournures, mais tellement fascinant au bout du compte. Le scénariste dresse le portrait de gens malmenés par la vie, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre de la loi. Chaque épisode explore minutieusement le traumatisme et la douleur. En tête d’affiche, Mark Ruffalo se glisse dans la peau d’un vieux flic désabusé. Mais c’est Tom Pelphrey (Ozark) qui capte véritablement la lumière. Sa performance épuisée et désespérée éclipse tout le reste.
10) Astérix et Obélix : Le Combat des Chefs - sur Netflix
Une petite merveille d'animation signée Alain Chabat. L'ex-Nul revient au monde du petit Gaulois moustachu et c'est fantastix ! Plus de 20 ans après Mission : Cléopâtre, le réalisateur réussit à infuser son humour Canal à l'univers de Goscinny et Uderzo. Cette fois, il le fait en version cartoon, dans une petite série (5 épisodes) pétrie de trouvailles réjouissantes, de clins d'oeil géniaux, de vannes désopilantes, de stars pour faire les voix et d'une bonne humeur communicative. Avé Chabat !
9) Los años nuevos - sur Arte
Le réalisateur d'As Bestas passe au petit écran. Rodrigo Sorogoyen suit un couple qui se retrouve chaque 31 décembre pendant dix ans. Loin du thriller ou du drame intense, le cinéaste espagnol explore le temps qui passe, les amours qui se fissurent et la vie d’une génération en équilibre fragile. Portée par Iria del Río et Francesco Carril, la série scrute avec grâce l’intime et les petits gestes de l’amour qui perdure malgré tout, entre tendresse et lucidité.
8) The Studio - sur Apple TV+
La meilleure comédie de l'année à Hollywood, selon les Emmy Awards. Seth Rogen questionne l'industrie du 7e art, ses méthodes et son manque de créativité. Il se met dans la peau d'un patron de major dans cette satire cinglante et hilarante du milieu, qui appuie là où ça fait mal. A la fois fascinée et atterrée par les dérives et l’agonie d’un système, sa série est une radiographie aussi vertigineuse que déprimante. Derrière le vernis de la comédie, le constat est implacable : Hollywood a capitulé, avalé par la logique du « contenu » qui acte la fin du cinéma en tant qu’objet culturel d’importance. De quoi faire pleurer Martin Scorsese...
7) MobLand - sur Paramount +
Guy Ritchie a toujours le chic pour signer des thrillers qui claquent dans l'air et résonnent en nous. Cette fois, il met Tom Hardy au centre du game, dans une série de mafia anglaise terriblement cool et indéniablement violente. L'acteur de Venom règle les gros soucis et les petites affaires sanglantes d’une riche famille de gangsters londoniens. Et c'est tout bonnement réjouissant. Ajoutez Pierce Brosnan et Helen Mirren en parrains hystériques, et vous obtenez un régal de polar british.
6) Empathie - sur Canal +
L'une des surprises de l'année. Cette série québécoise, puissante et humaine, parle de la santé mentale comme rarement à la télévision auparavant. Située dans un institut psychiatrique où soignants et patients luttent chacun contre leurs failles, elle a fait le buzz à Séries Mania avant d'être achetée par Canal +. Portée par sa créatrice, la comédienne québécoise Florence Longpré et un Thomas Ngijol à contre-emploi tout en nuance, Empathie éclaire la maladie mentale sans juger, avec une sincérité qui touche au coeur.
5) bref.2 - sur Disney +
Il a réussi l'impossible. Kyan Khojandi ressort du placard sa vieille comédie datant du Grand Journal et réussit à marier vieille recette et nouvelle formule. Dans ce format hybride, tout aussi pétillant qu'à l'époque, il enchaîne les séquences frénétiques, les références générationnelles et les réflexions cinglantes sur la quarantaine. Il y a encore plus de guest stars fantastiques (Alexandre Astier, Jean-Paul Rouve, Doria Tillier... et surtout Laura Felpin). Mais cette fois, Khojandi et Navo vont au fond des choses. Plus mâture, cette suite change le ton et accepte l'introspection comme moteur dramatique. Bref, c'est fort !
4) Des Vivants - sur France.tv
Jean-Xavier de Lestrade a l'habitude d'ausculter les faits divers qui ont marqué la France, de Sambre à Laetitia. Mais cette nouvelle adaptation du réel au petit écran prend une toute autre dimension. Evoquant les attentats du 13 novembre avec une force exceptionnelle, racontant la douleur des survivants, sa série explore la violence du syndrome post-traumatique comme rarement. Porté par un casting habité et un récit méticuleusement écrit avec les vraies victimes, Des Vivants s'impose comme une oeuvre pour l'histoire. Pour ne jamais oublier.
3) Pluribus - sur Apple TV
Attendu au tournant après Breaking Bad et Better Call Saul, Vince Gilligan déroute ses fans avec Pluribus, où un virus transforme l’humanité en une sorte de nouvelle espèce qui partage une conscience collective. Des « envahisseurs » sympas comme tout, prêts se plier en quatre pour Carol (formidable Rhea Seehorn), dernière (?) humaine du monde d’avant. Concept génial avec lequel le taquin Gilligan s’amuse à déjouer la plupart des attentes scénaristiques (chaque élément de suspense est savamment désamorcé) pour mieux se concentrer sur les questionnements moraux de son héroïne. Un coup de maître, qui raconte par l’absurde la polarisation de la société américaine et renverse les clichés de l’invasion extraterrestre. Une série à la fois totalement pop et fermement ancrée dans le réel. Immanquable.
2) Adolescence - sur Netflix
La Meilleur série limitée des derniers Emmys a été sans conteste le choc social de l'année 2025. Entre drame familial déchirant et polar glaçant, l'histoire du petit Jamie, 13 ans et meurtrier, va vous hanter pendant un long moment. Stephen Graham est derrière ce drama bouleversant. La réalisation en plans-séquence des quatre épisodes nous empêche de reprendre notre souffle. On est en apnée totale pendant ces 4 heures. Immanquable.
1) The Pitt - sur HBO Max
Meilleure série aux derniers Emmy Awards. Et bien sûr Meilleur acteur pour l'incomparable Noah Wyle ! Plus de 15 ans après la fin d'Urgences, voilà une nouvelle série médicale bien partie pour marquer l'histoire du petit écran. Adieu Chicago, bonjour Pittsburgh, avec le même ADN : celui de la chronique hyperréaliste d'un métier au bord de l'implosion. Les médecins et infirmières sont méticuleusement écrits, humains et faillibles, débordés par le grand cirque des soins à la chaîne d'un service en manque de moyen. Le tout filmé (quasiment) en temps réel, heure par heure. À couper le souffle.







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