Rugbyman durant son jeune temps, résistant sous l'occupation, René Char qui fascina, entre autres, Martin Heidegger a commencé à écrire sous l'égide des surréalistes. À la fin des années 1920, il est proche d'Paul Eluard, d'Louis Aragon, de André Breton. C'est en 1934 qu'avec "em"Le Marteau sans maître"/em", il s'oriente dans une voie qui l'éloigne du surréalisme. "em"Partage formel"/em" explicite ce tournant en mettant en avant un « âpre ascétisme allégorique, la conquête des pouvoirs extraordinaires dont nous nous sentons confusément traversés, mais que nous n'exprimons qu'incomplètement faute de loyauté, de discernement cruel et de persévérance ». Être poète, c'est faire, agir. "em"Les Feuillets d'Hypnos"/em", écrits lors de son séjour dans le maquis, ne sont pas de simples textes de circonstance, ils justifient une lutte qui englobe et dépasse celle à laquelle il se consacrait alors. Il s'agissait pour le poète de préparer l'avenir pour que les monstres ne reparaissent pas. Cette poésie se retourne alors sur elle-même pour retrouver la violence de son surgissement. Sa poésie est première, en attente de la pensée et de la parole. Difficile à saisir, elle nécessite la lecture et la relecture, et elle est pourtant ancrée dans l'ici et maintenant de son énonciation, dans le paysage vauclusien qui hantait le poète. En 1955, René Char rencontre Matin Heidegger à Paris. Au-delà de divergences politiques qui existaient entre le poète et le philosophe, ils se rejoignent sur une commune admiration pour Héraclite et les présocratiques. René Char a de même établi des dialogues fructueux avec d'autres grands artistes. Ainsi avec Pierre Boulez qui a donné une version musicale à plusieurs de ses textes, dans lesquels il a reconnu « la violence taillée de ses paroles, son paroxysme exemplaire, sa pureté ». Enfin, en 1947, au Palais des Papes à Avignon, René Char réunit avec Christian et Yvonne Zervos une exposition éblouissante consacré à l'art contemporain. C'est même l‘événement qui initia, aux dires de Jean Vilar, la semaine d'art dramatique d'Avignon, qui allait devenir le festival que l'on sait. C'est pourquoi, pour le soixantième anniversaire de cette première manifestation, les codirecteurs du Festival d'Avignon ont donné à Frédéric Fisbach le champ libre pour présenter "em"Les Feuillets d'Hypnos"/em" dans la Cour d'honneurs du Palais des papes. Une manière de réinscrire l'oeuvre du poète dans le territoire où elle est enracinée.
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