Merteuil Max
HBO Max

Sensuelle et vénéneuse, cette nouvelle variation sérielle rejoue le roman de 1782 en plaçant la jeune Isabelle au centre du jeu, tissant autour d’elle le petit monde libertin et pervers de la cour de Louis XV. Ou comment survivre en manipulant les autres. Un classique réadapté avec goût.

On connaît l’histoire. De Jeanne Moreau chez Roger Vadim à Glenn Close chez Stephen Frears, jusqu’à Sarah Michelle Gellar en version teenage posh — des générations d’actrices ont glissé leurs gants de soie sur le personnage d’Isabelle de Merteuil. Alors quand HBO annonce une nouvelle relecture du roman scandaleux de Pierre Choderlos de Laclos, ça sent un peu la redite. Était-ce bien nécessaire ?

Heureusement, cette nouvelle version de Merteuil a des idées. Loin de se contenter de revisiter le jeu pervers entre Merteuil et Valmont, Jean-Baptiste Delafon prend le roman à bras-le-corps et renverse la table. Il ne modernise pas l’œuvre, il l’arrache de son piédestal pour la recentrer autour d’un seul axe : Isabelle. Sa trajectoire. Sa bascule. Comment devenir l’héroïne de sa propre vie… en ruinant celle des autres. Isabelle est une orpheline naïve, sans fortune, qui tombe dans le piège du vicomte de Valmont, qui va lui voler sa virginité. La duperie est cruelle. Mais elle a le mérite de réveiller la jeune fille et de lui révéler la violence d’un monde qui ne laisse aucun espace aux femmes, si ce n’est celui qu’elles arrachent grâce à leurs charmes. C’est ce que la fragile ingénue va apprendre au contact d’une beauté en train de faner (Diane Kruger), qui espère l’utiliser pour conserver un peu de pouvoir.

Merteuil Max
HBO Max

Dans ce petit théâtre humain, Anamaria Vartolomei crève l’écran, mélange d’acier et de soie. Face à elle, Vincent Lacoste compose un Valmont tendre, séduisant, empêtré dans ses propres manigances. Leur pas de deux dans les alcôves libertines et les salons Louis XV a tout de la passion vénéneuse, rendue impossible par le moment et par les forces qui les entourent. Parmi elles, Lucas Bravo, odieux comme jamais en Comte de Gercourt : le beau gosse un peu lisse d’Emily in Paris se découvre ici un talent spectaculaire pour jouer les salauds de la cour. Tous les autres personnages du roman de Laclos sont là : Madame de Tourvel (Noée Abita), Cécile de Volanges (Fantine Harduin)… La série rejoue le texte avec malice, tandis que, visuellement, Jessica Palud transforme chaque scène en tableau sensuel, éclairé à la bougie, où les corps se frôlent et se défient. C’est sensuel, parfois franchement coquin, mais jamais vulgaire. Certes, les dialogues assument un style très XVIIIe, parfois ampoulé et un peu assommant. C’est très écrit, presque théâtral. Un petit excès de désuétude, qui, paradoxalement, participe aussi au plaisir.

Merteuil, en 6 épisodes, à voir sur HBO Max depuis le 14 novembre 2025