Guy Ritchie se lance dans le film d'aventure avec ce rip-off de La Dernière Croisade qui ne tient aucune de ses promesses et n'accèdera sans doute pas à l'éternité.
C’est en voyant ce genre de film d’aventure générique qu’on réalise à quel point Spielberg est un génie.
À quel point La Dernière Croisade est un grand film. Un chef d'oeuvre que Fountain of Youth tente désespérément de singer, sans jamais lui arriver à la cheville. Pourtant, Guy Ritchie n’est pas le premier venu. Le réalisateur de thrillers british survoltés (The Gentlemen, Snatch…) sait cadrer des plans qui claquent, filmer avec adrénaline. Et ses expériences hors des sentiers battus du crime – on pense à sa version très réussie de La Légende du Roi Arthur, voire au remake d’Aladdin pour Disney – avaient su donner des blockbusters intéressants.
Mais son hommage à Indiana Jones – qui commence par une course-poursuite à Bangkok à la Spielberg – est ici particulièrement vain. Oui, le film se décline comme un chant en l’honneur de ce cinéma-là. Il emprunte généreusement à diverses sources, d’Indy à Benjamin Gates, en passant par Tomb Raider et même le Da Vinci Code. Soit. Quel film d’action, aujourd’hui, n’est pas un peu dérivé d’une référence passée ?
Dans sa version de l’aventurier en quête d’une merveille légendaire, on suit Luke Purdue, chasseur de trésors professionnel, qui retrouve sa sœur et rassemble une équipe pour découvrir la Fontaine de Jouvence. Une source mythique venue de Dieu, qui offrirait l’immortalité. Mais une confrérie secrète va tout faire pour garder le mythe à l’abri des Hommes.
La quantité de rebondissements cinématographiques au cours de ces deux heures est impressionnante. Ces aventuriers made in Apple nous conduisent aux quatre coins du monde : des musées de Londres à la pyramide de Gizeh, en passant par la bibliothèque de Vienne, et même au cœur du Lusitania, ce paquebot américain coulé par les Allemands en 1915 (ce qui précipita l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale). Certainement la meilleure séquence du film : on plonge dans l’épave qui repose à 93 mètres de profondeur au large de l’Atlantique, pour y trouver le coffre du millionnaire Alfred G. Vanderbilt... arrière-grand-père du scénariste du film James Vanderbilt ! Un clin d’œil historique assez génial... qui ne produit pourtant aucun frisson.
Toutes ces aventures auraient dû transformer Fountain of Youth en une épopée exaltante, haletante. Mais rien ne semble fonctionner comme prévu. Aucune émotion. Aucun poil qui se dresse sur les bras. Bref, l'effet Wahou indispensable au genre est désespéramment absent. Bercée par une petite musique moraliste d’une platitude philosophique consternante ("L’important dans la vie, c’est l’aventure, pas le trésor"), toute l’expédition vire à la balade balourde dans laquelle on n’arrive jamais à s’investir.
Dans cette entreprise sans originalité, chaque retournement de situation est moins crédible que le précédent, les ficelles sont énormes, et la résolution est tellement chaotique, incohérente, insatisfaisante… qu’on aurait préféré qu’ils ne trouvent jamais cette foutue Fontaine de Jouvence.
John Krasinski en fait des tonnes pour teinter d’humour et d’espièglerie cette quête sous-Spielbergienne, tandis que Natalie Portman joue les empêcheuses de tourner en rond ad nauseam. Tant et si bien que Fountain of Youth finit par se transformer en farce maladroite, incapable d’échapper à l’ombre de ses ancêtres. Guy Ritchie a bu dans la mauvaise Coupe du Graal.
Fountain of Youth, de Guy Ritchie, à voir sur Apple et MyCanal en France depuis le 23 mai 2025







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