Conor McGregor pète la gueule de Jake Gyllenhaal dans Road House
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Le Road House 2024 est à la fois plus violent et moins cool que l’original. Mais Gyllenhaal fait un très bon artisan de MMA.

D’abord une précision pour les plus pointilleux : la “qualité” principale de ce nouveau Road House (sorti ce jeudi sur Prime Video) est sa fidélité au concept original. A part de légers changements d’activités criminelles et de lieu d’action, l'histoire reste très proche du premier film. Un ancien génie du ring devenu consultant en baston - accessoirement le meilleur du marché - est engagé pour nettoyer une gargotte de province. Il va se heurter très vite au nabab local qui veut contrôler le territoire. Ca, ça l’énerve.  

Mais qu’est-ce qui peut bien nous pousser à consacrer deux heures de notre temps à la vie et à l’oeuvre d'un videur de boite de nuit ? L’attrait de la bagarre ? L’amour des raclées ? Une passion secrète pour Jake Gyllenhaal ? Si c’est ça, vous serez servi. Le film de Doug Liman (à qui l'on doit quelques classiques comme le premier Bourne ou Edge of Tomorrow) est d’abord un déchaînement de tatanes improbable. On aimait le Road House original pour sa violence absurde voire cartoon et les “widsom nuggets” que Patrick Swayze dispensait tel un Yoda des bar-tabac ("Je veux que vous soyez sympa jusqu'à ce qu'il soit temps de ne plus l'être" ou "ceux qui cherchent les ennuis ne posent pas beaucoup de problèmes à ceux qui sont prêts à les affronter.") Pas de ça ici. Pas de philosophie zen ni de réflexion sur la bagarre… Pas de temps à perdre. En 2024, à l’époque où John Wick devient un mètre-étalon du cinéma et où les nouveaux héros des cours de récré s’appellent Doumbé ou Ngannou, on ne cause plus, on cogne.


 

Liman exauce donc les souhaits d’une époque qui vibre devant les cages de MMA. Son Road House est brutal, cherche l’impact maximal et fait régulièrement mal. Les coups de poings telluriques pleuvent, et les prises bestiales ont remplacé le laconisme et la décontraction du premier film. C’est d’ailleurs l’attrait du début de ce remake qui multiplie les scènes de cassage de gueule de manière assez jouissive. Les scénaristes se sont aussi amusés avec les antagonistes. Ben Gazzara dans son costard blanc était finalement très classique dans la version de 89. Ici, chaque méchant a sa spécificité. Brandt, le “mastermind”, se vit comme un roitelet vertueux mais Billy Magnussen (l’agent double de Mourir peut attendre), lui apporte ce qu’il faut de fausseté et de vice explicite.

La vraie star pourtant, c’est Knox, interprété par le champion d'arts martiaux mixtes Conor McGregor, qui fait ici des débuts fracassants. Très clairement modelé sur le Terminator, son personnage est une espèce de tueur déterminé à tout péter. Barbe épaisse, torse aussi volumineux qu’une barrique, sourire étincelant, c’est sa démarche de gorille sous amphét qui constitue l’attraction principale du film. Sa folie meurtrière est digne de Fury Road et, avouons-le, assez magnétique. Dans cette galerie de portraits et dans le savoir faire de baston, on est tenté de voir également le talent de Joel Silver, producteur-artificier des nineties qui se cache derrière ce film-là. 

Conor McGregor dans Road House
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Malheureusement, Liman remettra vite son train de la violence sur des rails classiques. Sa deuxième partie moins fun, multiplie les scènes d’action en hors bord over-the-top, et il charge sa barque narrative de prétextes aussi minces que l'amour d'une femme, un sens de l'honneur chatouilleux et une culpabilité secrète.

Reste tout de même Gyllenhaal. Son introduction est déjà un moment culte. Dans une arène de combats clandestins, il lui suffit d'enlever son t-shirt et de révéler qui il est pour que son adversaire abandonne. Au-delà des abdos, ce qui fascine, c’est son attitude. L’acteur fait de son Dalton un dur à cuire naïf, presque innocent, et au début très mesuré. On pense à Jack Reacher quand, avant d’affronter le gang des voyous, il leur demande s'il y a un hôpital dans les environs (manière de les avertir). Mais à la différence du héros interprété par Tom Cruise, ici il s’agit autant de menacer que de prévenir. Par le simple jeu de sa mâchoire et de son sourire, Gyllenhaal rend son Dalton à la fois sincère et sarcastique. Joué avec ce qu’il faut d’ironie, il fait néanmoins passer la colère qui fait battre les veines de son colosse. 

Jake Gyllenhaal dans Road House
Amazon Prime Video

Bref, tout cela rend ce Road House parfaitement recommandable pour un samedi soir en famille. On comprend alors d'autant moins la logique de distribution. Doug Liman avait sans doute raison d'être énervé quand les cols blancs de la MGM lui ont appris qu'il passerait directement en streaming, car c'est typiquement le genre de film qui aurait pu marcher en salles, surtout vu le statut de l'original. 

Moins drôle et flex que le premier (on regrette tellement la disparition de cette réplique de Ben Gazzara : "Je vois que tu as trouvé ma salle des trophées, Dalton. La seule chose qui manque... c'est ton cul !"), ce remake est plus bruyant, plus tapageur. Et plus moderne. 

Road House de Doug Liman est disponible sur Prime Video